Vie privée numérique - Nothing to hide

La médiathèque de Bain-de-Bretagne et les services à la population de Bretagne porte de Loire Communauté ont proposé de projeter le documentaire Nothing to hide dans le cadre du Mois du doc

Rien à cacher ?

Vie privée numérique est un projet initié par la médiathèque de Bain-de-Bretagne, en partenariat avec les services à la population de la Communauté de communes. L'initiative a trouvé écho dans le Mois du film documentaire, avec le projection le 29 novembre de Nothing to hide, film auto-produit et libre de droits de Marc Meillassoux et Mihaela Gladovic. Près de 50 personnes se sont pressées à la médiathèque pour découvrir ce documentaire militant.

Au départ de tout cela, Marc Meillassoux, journaliste économique qui a dû un jour écrire un papier sur l'économie des données numériques. C'est cette plongée dans l'envers du décor qui lui a fait prendre conscience de l'immensité des contenus qui nous laissons, consciemment ou non, à disposition sur le Net. Il a cherché à creuser le sujet, et notamment les solutions existantes, en fréquentant des cryptopartys et autres cafés vie privée, initiatives citoyennes fleurissant à travers le monde sur le sujet. Ce sera finalement la rencontre avec Mihaela Gladovic qui le convaincra de la nécessité du format vidéo pour réaliser le documentaire qu'il avait en tête : Nothing to hide est né.

Durant 86 minutes le documentaire interroge la vaste acceptation de la surveillance au sein de la population par l'argument " je n'ai rien à cacher ". À travers une vingtaine d'intervenants (lanceurs d'alerte, hackers, juges, sociologues, victimes de la surveillance) le documentaire explore les implications d'une telle rhétorique à l'époque du tout-numérique et interroge ce modèle de société que nous contribuons chaque jour à façonner. Tous sont unanimes sur le fait que nous nous accordons généralement pour dire que les régimes de surveillance sont intrinsèquement liberticides et dangereux, tout en utilisant allègrement un nombre croissant de services et applications gratuites comme Facebook, Google, Whatsapp etc. conférant aux géants du Net un contrôle sans précédent sur l'infrastructure de l'Internet et notre intimité en ligne. Mais si nous fermons les yeux c'est que nous sommes persuadés de n'avoir " rien à cacher " et donc " rien à craindre ", selon le célèbre dicton du patron de Google, qu'un tel crédo arrange bien.

C'est également l'avis initial d'un des protagonistes du documentaire, Monsieur X. Monsieur X est un jeune artiste qui pense, comme la plupart d'entre nous, " ne pas avoir grand-chose à cacher ". Avec son accord, les données de son téléphone et de son ordinateur portable sont récoltées durant un mois à l'aide d'un logiciel espion. L'expérience se concentre sur les métadonnées, c'est-à-dire les " données sur les données " : ses heures de connexion sur Facebook, sa géolocalisation sur son téléphone, l'objet de ses mails ou la fréquence de ses communications dans sa liste de contacts. Ces informations collectées par la plupart de nos applications constituent la matière première du profilage numérique dont nous faisons l'objet au quotidien.

Ce que nos métadonnées disent de nous

Les métadonnées sont de plus en plus scrutées par les agences de renseignement car leur collecte est présentée comme plus protectrice de la vie privée car elle n'implique pas les contenus de nos messages, sms, mails…Mais les agences de renseignements ne sont pas les seules à avoir accès à ces métadonnées, véritables mannes économiques. C'est l'objectif de l'expérience Monsieur X, comprendre ce qu'une entité privée ou une agence de renseignement peut savoir de nous et ce que l'agrégation de métadonnées peut générer comme contenu. Nos métadonnées permettent-elles de déterminer notre orientation sexuelles, politiques ? Notre état de santé, les taux d'intérêt que nous payerons pour l'achat d'une maison ? La réponse est oui. C'est ce que réalise Monsieur X dans le documentaire, premier surpris et un peu effrayé de découvrir tout ce qu'il pu livrer à des inconnus.

Le documentaire explore également les similitudes entre les régimes de surveillance d'hier (la Stasi allemande) et d'aujourd'hui. Les destins des plusieurs protagonistes du film, tous victimes de la surveillance, tend à montrer que chacun pourra un jour être concerné, même s'il n'a à priori rien à cacher. Quels dangers y a-t-il à ce que le gouvernement ou des structures privées aient accès aux données personnelles de nos juges, médecins, chercheurs, militants, journalistes et citoyens ? À vous d'en juger...


Nothing to hide, un documentaire dont les réalisateurs ont choisi de mettre leur film en total accessibilité sur Internet, considérant qu'il s'agissait d'un sujet d'utilité publique.


Café numérique

Une semaine plus tard une quinzaine de personnes était au rendez-vous pour un café numérique animé par Benoît Vallauri, responsable du Ti Lab, Laboratoire d'innovation publique en Bretagne. Au programme, une présentation des obstacles à la vie privée sur internet et un petit tour d'horizon des nombreux traceurs existants sur la toile. Pour ce premier café numérique sur notre territoire les interrogations étaient nombreuses et les échanges ont continué bien longtemps après le couvre-feu initialement prévu.

Les curieux présents avaient tous des niveaux et des rapports au numérique différents, mais partageait les mêmes craintes et besoin de solutions concrètes. C'est sous cet angle qu'on été abordés les ateliers pratiques : moteurs de recherche alternatifs, bloqueurs de publicités et de traceurs, antivirus, gestion des mots de passe : autant d'astuces applicables au quotidien qui ont pu être partagées et vite testées par les participants.

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