La Terre abandonnée de Gilles Laurent

Plus de cinquante personnes s''étaient données rendez-vous à Pancé dimanche après-midi pour découvrir La Terre abandonnée.

Un après-midi convivial

La pluie de ce dimanche après-midi de novembre n'a pas découragé les nombreux curieux puisqu'ils étaient plus de cinquante à s'installer dans la Salle du gîte à Pancé pour découvrir le documentaire de Gilles Laurent, La Terre abandonnée. C'est Mme Delaunay qui a accueilli tout ce monde avec le sourire, ravie de l'affluence, telle qu'elle a elle-même été chercher des chaises supplémentaires pour installer tous ces curieux.

Salle comble pour une projection chargée en émotions.

Un premier film

Émotions tout d'abord à l'évocation du réalisateur Gilles Laurent, décédé dans les attentats de Bruxelles du 22 mars 2013 alors qu'il achevait juste le montage de La Terre abandonnée. Ce documentaire terminé à titre posthume, ce premier documentaire pour cet ancien ingénieur du son, est un projet très personnel pour son réalisateur. Déménageant au Japon avec sa famille, il a commencé par se renseigner sur les risques sanitaires du pays, notamment suite à la catastrophe de Fukushima. Puis, c'est au fil des rencontres et de ses découvertes que l'envie d'en faire un film est né. Le désir contenu dans ce projet de film est essentiellement né de la rencontre avec un homme, Naoto Matsumara, véritable héros populaire dans son pays. Cet homme " ordinaire " dont les circonstances de l'accident nucléaire de Fukushima ont révélé le caractère exceptionnel. Au lendemain de la catastrophe, alors qu'il vit à une dizaine de kilomètres de la centrale sinistrée, il refuse l'évacuation, décidé à rester chez lui pour s'occuper des animaux livrés à eux-mêmes et éviter leur abattage, mais aussi pour témoigner et se poser en symbole des conséquences de l'accident et de l'exploitation de l'outil nucléaire.

Au fil des images l'attachement de Matsumara san à la terre qui l'a vu naître se dévoile peu à peu. Et en filigrane de ses raisons pour rester se dessine également son incapacité à partir. Car en effet, comment quitter une terre où l'on est né, où l'on a travaillé et vécu toute sa vie ? Cette notion de lien à la terre est aussi une des motivations de Gilles Laurent à axer son film autour d'une telle figure : comment ce rapport à la terre ne pouvait pas trouver écho chez cet expatrié belge durant son exil personnel ? C'est une véritable part de lui que le réalisateur insuffle dans son documentaire, et cela se voit à l'écran.

Ou plutôt cela s'entend ! Son passé prestigieux d'ingénieur du son ressort forcément dans La Terre abandonnée. Les sons (et les silences !) sont des personnages à part entière du film : la nature s'exprime également, de part ses bruits de pluie, de vent dans les arbres ou encore d'animaux. C'est la revanche de la nature sur l'homme qui s'entend alors, illustrée par de magnifiques plans larges sur ces paysages abandonnés par l'humain.


Des réalités qui font écho

La critique de cinéma Gaëlle Bédier-Leray était présente à l'issue de la projection pour animer la discussion et répondre aux questions du public. Sa présence a permis d'éclairer un peu les intentions du réalisateur et l'accueil public du documentaire. Mais très vite les réactions des spectateurs se sont éloignées des considérations techniques pour s'articuler autour d'interrogations beaucoup plus concrètes sur les réalités de la vie à Fukushima.

Le mot qui revenait sur toutes les lèvres était " pourquoi ? " Pourquoi rester, mais également pourquoi partir ? Pourquoi l'État ne fait-il rien ? Pourquoi n'en parle-t-on pas davantage en France et ailleurs ? Pourquoi est-ce arrivé ? La Terre abandonnée est ainsi un film que certains pourraient qualifier de lent, de contemplatif, mais c'est avant tout un documentaire qui laisse le quotidien se dérouler, sans faire intervenir des experts, contre-experts ou toute autre intervention autre que les habitants du lieu. Et c'est cette réalité de l'image qui provoque l'affect chez les spectateurs. Beaucoup de compassion planait à Pancé après la projection. Énormément d'indignation également, contre notre impuissance, contre les tragédies vécues, mais surtout contre la gestion du gouvernement japonais de la catastrophe.

Une gestion polémique qui a très vite rappelée aux spectateurs présents des événements plus proches de nous : l'explosion de la centrale de Tchernobyl dont la radio-activité s'est arrêtée aux frontières françaises et dont le site est maintenant devenu une destination touristique. Un parallèle qui permet de souligner la répétition des événements, quel que soit le lieu ou la période concernés. Mais n'est-ce pas justement là le rôle des documentaires : être vecteur de mémoire, fixer sur pellicule les erreurs passées pour enrichir notre futur ?

Pour aller plus loin

Bande annonce de La Terre abandonnée de Gilles Laurent

LA TERRE ABANDONNÉE de Gilles Laurent - BANDE-ANNONCE - CVB AUTEUR from CVB on Vimeo.


Bande annonce de La Terre outragée, documentaire sur la catastrophe de Tchernobyl.



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