Vivre avec son oeil - Une première réussie

Jeudi 9 novembre, la projection de Vivre avec son oeil à la Médiathèque de La Dominelais a marqué le coup d'envoi du Mois du Film documentaire sur notre territoire.

Coup d'envoi du Mois du film documentaire avec Vivre avec son oeil

L'aventure Mois du doc commence dès Rennes pour la réalisatrice Naïs Van Laer, avec la découverte des bouchons de la rocade rennaise. Pas de quoi paniquer pour autant puisqu'elle est finalement arrivée pile à l'heure à La Dominelais, accueillie chaleureusement par le Maire M.Berton, fier de marquer le coup d'envoi de cette édition du Mois du Doc à La Dominelais pour la première participation de sa commune.

Une première à laquelle le public a répondu présent puisque ce sont près de 25 personnes qui se sont installées dans la toute nouvelle Médiathèque pour 1h de projection sous l'oeil, attentif, de Naïs. Discrète observatrice de son public, elle semblait gênée, se cachant derrière ses mains, des quelques soubresauts de l'image qui ont ponctué le film. Des bugs techniques minimes vite oubliés dont le public ne lui a pas tenu rigueur, totalement sous le charme de Marc Garanger.

Marc Garanger, un véritable personnage autour de l'oeil

Vivre avec son oeil nous dresse donc en filigrane le portrait professionnel et intime de Marc Garanger, personnage encore plus qu'homme, devenu photographe car c'était le seul moyen de s'exprimer pour l'enfant bègue qu'il était. Et qu'il redevient d'ailleurs quand il évoque ses souvenirs de l'époque. Le photographe, définitivement pas un homme de mots, préfère laisser parler ses images pour lui. Et qu'elles en ont des choses à nous raconter ses images ! C'est véritablement l'Histoire avec un grand H que Naïs déroule sous nos yeux à travers la " petite " histoire personnelle de Marc.

Tout commence véritablement en 1960 quand il rejoint l'armé. D'abord un moyen pour lui d'extérioriser la colère qui bout en lui ; colère contre les injustices et les mensonges de son époque ; Marc comprend bien vite que son appareil photo est son outil le plus précieux, sa seule arme pour dénoncer et montrer au monde ce qu'il voit. Son appareil devient alors le témoin de sa révolte face à une Guerre d'Algérie dans laquelle il est embarqué malgré lui lors de son service militaire. Quelque part son objectif lui permet alors de mettre une distance avec cette guerre qu'il ne cautionne pas, jusqu'à la fin de son service obligatoire d'où il sortira avec la ferme intention de partager ses clichés malgré les dangers.

Revenu marqué de ce conflit, le photographe comprend bien vite qu'il a d'autres choses à voir, à étudier, à photographier et à partager. La deuxième partie du film nous entraîne dans une vie plus douce, toujours aussi engagée mais moins solitaire : accompagné jusqu'au bout par son épouse, Marc passera près de 10 ans à explorer et immortaliser les grands espaces de la Sibérie et de ses peuples autochtones dont il partagera souvent le quotidien.

Aujourd'hui, à 80 ans, la main désormais loin du déclencheur mais l'oeil toujours aussi vivace, Marc Garanger a accepté de partager son travail avec Naïs Van Laer et donc avec nous. Une véritable mise à nu pour cet artiste qui avoue que chacune de ses " images est quelque part un auto-portrait ".

Un beau film

C'est un " beau film ". Voilà la réaction immédiate et spontanée de l'un des spectateurs du jour, immédiatement approuvé par l'ensemble du public. Car Naïs réalise ici un double exploit : celui de faire tout un documentaire sur un " taiseux ", comme Marc se décrit lui même, et celui de capter en vidéo les images photographiques, nombreuses, immortalisées au film des années par le photographe. Une réalisation toute en douceur saluée par le public pour " sa poésie incroyable. Les jeux de lumières et l'enchaînement des photos leur donnaient un aspect presque vivant. Le lien entre vidéo et photo est magnifiquement développé ". Un compliment reçu avec chaleur par la réalisatrice, qui a de cela en commun avec son sujet qu'elle aime laisser parler les images. Pari réussi donc.

Autre interrogation du public, comment un homme qui a passé sa vie derrière l'objectif, cherchant à se faire oublier au profit de ce qu'il avait à y montrer, a -t-il vécu de se découvrir en premier plan à l'écran ? Dur de le savoir quand l'homme en question est si avare de mots. Mais l'émotion, elle, ne ment jamais, comme l'a confié Naïs qui avait réservé sa première projection " à Marc bien sûr. Après le visionnage il y a eu peu de mots, de son côté comme du mien, ce n'est pas notre façon de nous exprimer. Mais je l'ai vu ému, touché. Quelque part je pense que c'est sa façon de me dire merci, d'avoir su voir cela de son travail et le montrer à mon tour ". Une émotion que l'on imagine toute particulière pour l'octogénaire de voir la nouvelle génération s'emparer de son travail. Une manière pour lui, comme il a pu le faire à travers ses photos, de faire perdurer ses messages à travers les âges.

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